FREXIT AGRICOLE étude sur la possibilité technique

Notre think tank a toujours été proeuropéen. Cela fait 30 ans que nous attendons que la Commission européenne se ressaisisse, qu’elle corrige sa PAC catastrophique réformée en 1992. L’actualité nous montre qu’elle ne le fera jamais. Pratiquement aucun parti politique ou syndicat agricole ne remet profondément en cause cette PAC destructrice. Est-il techniquement possible de sortir l’agriculture Française de l’UE pour sauver nos derniers paysans ?

La signature de l’accord commercial MERCOSUR a montré que la France est isolée et qu’elle n’arrive plus à constituer une majorité d’Etats-membres autour d’elle. C’est dommage, car la France reste encore le premier pays agricole de l’UE 27. Les erreurs successives commises par notre pays en matière d’agriculture l’ont décrédibilisé.

L’adhésion de l’Ukraine à l’UE détruira toute notre agriculture : céréales, sucre, œuf, volaille…

Par exemple, le coût de production des céréales est de 75 €/t. L’acheminement de céréales depuis le centre de l’Ukraine vers un port européen coûte 50 à 70 €/t. Dès que le conflit armé avec la Russie sera terminé, ils amélioreront encore leurs rendements et la logistique. Il faut s’attendre à ce qu’ils livrent leur maïs et leur orge à moins de 150 €/t sur nos ports. Ces produits prendront la place de notre blé dans l’alimentation des monogastriques. Nous devrons donc exporter notre blé à un prix maximal de 150€/t depuis les ports, ce qui signifie un prix payé à nos agriculteurs de 130€/t.

Il faudra alors à la France, un représentant politique de la carrure du Général de Gaulle, pour faire la politique de la chaise vide à Bruxelles et quitter le marché unique européen pour sauver ce qui restera denotre agriculture.

Quantifions l’impact sur notre assolement et nos productions d’un Frexit agricole.

 

Evaluation des surfaces agricoles actuellement dédiées àl’exportation pour les productions agricoles de base et propositions de redéploiement vers des productions déficitaires.

Les grandes cultures excédentaires sont :

Céréales : sur une production de65 Mt, 28.6 Mt sont exportées sous forme de grains et l’équivalent de 4.5 Mt sous forme de produits transformés (amidon, semoule, farine, malt). Lesimportations de céréales en France sont de l’ordre de 1 Mt. L’excédent net total français en céréales représente donc 32 Mt soit l’équivalent de la production de 4,5 millions d’hectares.

Sucre : Nous en produisons 4.5 Mt dont 4.399 en Métropole et 0.125 Mt dans les DOM. Notre marché intérieur, y compris la distillerie, est de 2.6 Mt. Nous avons donc un excédent qui représente 170 000 hectares de betteraves.

Il faudrait donc reconvertir 4 670 000 ha vers d’autres cultures.

 

Les déficits en protéines et huiles végétales de la France est important, nous devrions pouvoir les gérer en augmentant les cultures suivantes :

Colza : de 1 300 000 ha à 1 900 000 ha, soit 600 000 ha de plus

Tournesol : de 750 000 ha à 1 150 000 ha, soit 400 000 ha de plus

Soja : triplement de 150 000 ha à 450 000 ha, soit 300 000 ha en plus

Luzerne : de 300 000 ha à 1 000 000 ha soit 700 000 ha en plus (il y avait 3 Mha de luzerne en France en 1950).

Pour être autosuffisants en huile d’olive, il faudrait augmenter nos surfaces de 250 000 ha.

Pour les protéines et les huiles végétales, nous obtenons un gain de surfaces total de : 2 250 000 ha

En légumes secs et moutarde, nous pourrions développer nos surfaces de 30 000 ha.

En arboriculture, nous pouvons récupérer les surfaces perdues depuis l’an 2000, soit : 28 000 ha.

 

Nos importations de biocarburants sont très importantes :

-         1 864 000 t d’EMVH (biodiesel), soit l’équivalent de la production de 1 800 000 ha de colza,

-         470 000 t d’éthanol, soit la production de75 000 ha de betteraves.

Pour ne pas entrainer une déprise dans les zones de grandescultures, nous proposons de doubler la production de biocarburants avec une augmentation des surfaces de 850 000 ha. Un soutient public, encore plus fort qu’aujourd’hui, sera donc nécessaire pour les filières des biocarburants. Ce sera pour la bonne cause : le retrait de quantités excédentaires pour réguler le marché et soutenir les prix.

 

Entre 1980 et 2023, nous avons perdu 2 500 000 ha de prairies. Avec une politique favorable aux surfaces toujours en herbe, nous pourrions regagner 1 500 000 ha de prairies permanentes.

 

Nous avons ainsi retrouvé toutes les surfaces nécessaires pour compenser les exportations qui disparaissent. Avec ce nouvel assolement, toutes les terres de France sont cultivées, sans jachère ni décroissance !

 

Remarques :

-         le « soja caché » dans les viandes était du même niveau dans les exportations et les importations, il n’y a donc pas de changement,

-         les productions animales ne sont que peu abordées car elles sont toutes à peu près à l’équilibre. Cependant, elles mériteraient un développement plus long et plus détaillé,

-         Une partie des ventes de bovins vifs s’apparente à de la décapitalisation. Pour maintenir l’élevage sur les prairies retrouvées, il faudra encourager la consommation de viande bovine et l’élevage ovin dont nous sommes très déficitaires,

-         l’élevage ovin occupe actuellement 1 200 000 ha de prairies. Comme nous sommes seulement auto-suffisants en viande ovine à un peu plus de 50 % de nos besoins, nous pouvons estimer quele redéploiement de l’élevage ovin pourrait occuper 1 000 000 ha de prairies supplémentaires,

-         Il faudra redévelopper nos productions de volailles, ce qui fera augmenter les débouchés des grandes cultures par leurs alimentations.

 

Cet assolement sera plus favorable à l’environnement et au climat que l’actuel !

Les différentes productions se répartiront de manières plus homogènes sur le territoire. Cultures et élevages se remarieront ensemble. Le développement des cultures estivales favorisera l’évapotranspiration et sera donc bénéfique au climat. Toute notre agriculture se remettra donc en ordre naturellement.

A notre grande surprise, nous constatons que cette première étude est encourageante et qu’elle nous montre les champs du possible. Le Frexit est donc une piste sérieuse pour sauver notre agriculture etaméliorer dignement le revenu des hommes et des femmes qui travaillent dans ce secteur vital !

Politiquement, est-ce réaliste ?